Jeudi 30 septembre 2010 4 30 /09 /Sep /2010 17:29

D’abord, il y a l’eau, pure par définition, essentielle surtout, désaltérante, infiniment bénéfique. Quelques gouttes mélodieuses, une fraîcheur sans pareille ;

 

Ensuite, il y a le feu, ardent, brûlant, bruyant même. Ses flammes sont anéantissantes, il réduit tout en cendres sur son passage, majestueux, invincible et arrogant. Il avance, il avance…

 

Enfin, il y a Pénélope qui chavire entre les deux. Pénélope n’est pas pure mais elle n’est pas mauvaise non plus. Pénélope est fragile, parfois même cristalline mais elle est destructrice, infiniment sombre. Pénélope est la rencontre de l’eau et du feu dans une lutte qui ne prendra jamais fin. Les tréfonds d’une âme éclairée par le feu et assombrie par ses mêmes cendres.

 

Pénélope est surtout idiote. Pénélope est une sotte. Pénélope le raconte :

 

« Dans le vague des mes idées et dans l’espace de mes pensées parfois même dans le flou de mon existence, tu n’étais plus. Plus d’écharpe, plus de mots, plus de visites timides au cimetière humide. Tu n’es plus. On guérit, tu le sais bien. On oublie un peu moins, mais on guérit.

 

J’ai fait une bêtise par contre, je sais bien que c’en est une. Tu me l’aurais dit, bien sur, mais tu n’étais plus là pour ça. Au fait, je me le suis dite aussi mais je me suis mentie et je me suis si bien mentie que j’ai fini par me croire. J’aurais tellement aimé que tu sois là pour entendre ça. Bien sur tu aurais commencé par rire mais tu m’aurais aidé aussi. Tu ne m’aurais pas laissé faire de bêtises. De toutes façons, j’en ai fait très peu du temps où tu étais là.

 

Alors voilà, je me suis emprisonnée. Je me suis livrée poignets et chevilles à des chaînes qui se voulaient rassurantes. Nous nous sommes tous un jour essayé à ce jeu. Je ne voulais plus venir au cimetière, je ne voulais plus voir l’écharpe ternie par les traces du temps, souillée par tant de pluies, alors j’ai préféré m’attacher. M’attacher à lui.

 

A présent, je te vois rire. Non, bien plus encore, figure toi que je t’entends. C’est un sentiment mitigé que j’ai aujourd’hui, je suis à la fois fière et déçue. J’ai sali mon amour propre à coup de mensonges souillés mais… je suis heureuse et tu sais pourquoi ? Parce que je me rends compte à quel point je n’ai jamais su voir les choses telles qu’elles sont. A quel point je n’ai fait que les sentir. Je suis heureuse d’être ainsi. Infiniment idiote !

 

Je serai donc bien tristement femme, forte seulement pour aimer et encore ais-je aimé après toi ? Oui, j’ai aimé l’amour, de ce fait, je cherchais des objets à mon amour. Mais je doute avoir aimé. Spirituellement, je ne pouvais m’y résigner. Oui, oui spirituellement tu le sais bien.

 

Il vaut mieux avoir…des remords que des regrets. Oui ! Oui, oui ! Oui… mais non ! Du moins je ne sais plus. Je trouve que pour des êtres qui se sont attachés sans lier leurs cœurs, c’était plutôt du beau travail. Les chaînes paraissaient même solides parfois. Si bien que je me suis mentie. Tu comprends maintenant ? Le mensonge lancinant. Mais je suis heureuse de m’être attachée ainsi. Dans ces conditions, avec cette personne, maintenant, après toi, jamais avant et, je te narguerai bien en te disant, c’était bien. Oui malgré toutes les lacunes c’était bien, c’était puéril, extrêmement fragile mais c’était bien. Enfin, j’étais bien, c’est là tout le problème. Parce que je guérissais de ta blessure enchaînée par de bonnes mains. Mais je n’étais pas moi-même guérisseuse des blessures d’autrui. J’étais trop préoccupée par les miennes. Il s’est bien occupé de moi. Bon, je te l’accorde, tu en faisais autant mais c’était différent. C’était … avec une majuscule. Une grande majuscule. Une attention extrême. Deux êtres en quête de soi et de l’autre… Et je cherche encore… Je cherche…

 

Allez je t’embrasse, Pénélope reviendra.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /Juin /2009 00:00


Samira entra doucement dans la chambre avec un verre de lait à la main.

 

-        Hadji ! Tu es réveillée. Ça va ?

 

Hadjer se dirigea vers Samira en sanglotant et s’écroula à ses pieds :

 

-        Qu’est ce qui s’est passé ? Samira ! Où est ce que nous sommes ? je t’en prie dis-moi ce qui s’est passé ? Samira qu’est ce qu’il m’a fait ?

-        Chuut ! tout va bien, il a voulu s’amuser un peu et a essayé de t’endormir mais je suis arrivée à temps. T’inquiète pas Hadjer, je connais Billel il n’aurait pas été loin, c’est un type bien, il a juste voulu te détendre. Et il ne s’est rien passé, je t’ai installée dans la chambre ici pour que tu te reposes et tu t’es endormie. Il ne s’est rien passé, je te le jure.

 

Hadjer continuait à sangloter hors d’elle, toujours affalée sur le sol en levant la tête vers Samira :

 

-        Samira pourquoi tu m’as entrainée ici ? Pourquoi tu m’as fait ça ?

-        Hadji !!! Arrête de dramatiser, on t’a trouvé sur le chemin par pur hasard. Ensuite comme j’ai vu que Billel s’intéressait à toi, on a pensé, Hichem et moi, que ce serait sympa si vous passiez un peu de temps ensemble. Et puis ça t’aurait fait oublier ton Islem qui te pourrit la vie. Je voulais que tu rencontres quelqu’un d’autre, que tu tournes la page sur ce connard.

-        Mais Samira tu es folle ? Je suis fiancée et Islem n’est qu’un ami c’est différent. Je ne suis pas le genre de filles à sortir avec des inconnus riches et idiots, à tromper les miens. A aller à l’encontre de la volonté et la loi divines. Je ne suis pas comme toi, encore moi comme tes amies.

-        Je vois que tu as une très haute opinion de ce que je suis. Tu n’es pas plus avancée que l’hypocrite de Kenza. Tu peux me traiter de garce tu sais. Si c’est que tu penses ais au moins le courage de le dire. Mais je vais t’expliquer quelque chose ; Tu te mens ma chérie et il n’y a pas pire mensonge que celui que l’on se fait à soi-même. Tu me saoules avec ton « Islem n’est qu’un ami » Je ne suis peut-être pas l’exemple de chasteté et de vertu que tu es mais j’ai le mérite de ne jamais me mentir. J’aime Hichem, je passe mon temps avec lui. J’aime son fric, je le lui soutire. J’aime son corps, j’en jouis. Mais je ne me mens pas aussi bien que toi qui n’arrêtes pas de te répéter que tu n’éprouves rien pour Islem. Tu l’aimes putain, où est le problème?

-        Je ne laisse pas libre cours à mes folies voilà la véritable différence. Lorsqu’une force de mal veut avoir raison de moi ma foi la bat. La différence entre toi et moi est là Samira. J’obéis à Dieu toi pas.

 

Samira releva Hadjer violemment et la poussa vers le lit où celle-ci retomba incrédule du geste de sa camarde :

 

-        Tu me saoules avec ton discours religieux Hadjer. Dieu, Dieu, Dieu. Mais de quel Dieu tu parles ? De celui qui a aveuglé ton frère au point de quitter les siens pour t’empêcher de continuer tes études, de celui qui a aveuglé les lâches assassins de mon père pendant la décennie noire, de celui qui a aveuglé ma sœur à la suite de l’explosion d’une bombe posée par je ne sais quel autre idiot de la même espèce. Pour ma part, je sais une seule chose, celle que Dieu est miséricordieux et clément. Je ne me proclame pas parfaite, je fais beaucoup d’erreurs mais je ne mets en jeu que ma personne, je ne fais pas de mal à autrui et il m’arrive même de m’en repentir, c’est ce que m’as appris mon Dieu à moi. J’ai une confiance aveugle quant à sa bonté. Mais manifestement nous n’avons pas le même Dieu.

-        Astaghfirou Allah, Astaghfirou Allah, répéta Hadjer.

-        Maintenant habille toi, on rentre à la cité.

 

Hichem déposa Samira et Hadjer à l’entrée de la cité. Samira tenait entre ses mains un énième parfum qu’il lui avait offert. Elles n’échangeaient plus un mot depuis l’incident du matin et marchèrent jusqu’à leur chambre en silence.

 

Plus d’une semaine se passa ainsi. Les deux camardes cohabitaient en s’ignorant mutuellement. Hadjer n’était pas rancunière, Samira non plus mais l’une ne se remettait pas du blasphème de l’autre, tandis que la deuxième avait été vexée de n’être qu’une fille facile aux yeux d’une camarade qu’elle pensait être une amie.

 

Les examens de fin d’année étaient programmés pour la fin mai ; Hadjer passait de ce fait le plus clair de son temps dans sa chambre à réviser. Samira rentrait rarement ces temps-ci. Il y avait près de trois jours qu’elle n’était pas venue passer la nuit à la cité. Un matin, vers les coups de quatre heures, Hadjer fut réveillée en sursaut par de faibles coups donnés à la porte. Elle hésita avant d’ouvrir mais se résolut à le faire plus pâle qu’un linge. A peine eut-elle ouvert la porte que le corps inerte de Samira tomba de tout son long dans la chambre.

 

 

 

 

 

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Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /Juin /2009 00:00


Hadjer se pencha avec inquiétude sur sa camarade, ne sachant ce qu’il y avait lieu de faire. Samira était blessée de la tête et avait perdu connaissance, du sang coulait avec abondance de son crâne. Hadjer la traina jusqu’à son lit et lui épongea, en vain, la tête avec une serviette, tentant d’arrêter l’hémorragie. Elle saisit son téléphone. Il fallait appeler de l’aide. Kenza. Elle serait la plus rapide à venir par proximité.

 

-        Qu’elle crève ! Elle n’a que ce qu’elle mérite. Voilà où ses pratiques l’ont menées.

 

Hadjer était outrée de la réaction de Kenza. Elle pleurait à chaudes larmes tout en continuant à éponger la tête de Samira, toujours évanouie. Le téléphone de Abla était éteint, Chirine ne répondait pas. Il ne lui restait plus qu’Islem. Elle essaya plusieurs fois de le joindre mais il refusait de répondre. Elle finit par lui envoyer un message : « Islem, c’est urgent ! ». Il la rappela tout de suite. Elle lui expliqua la situation tant bien que mal à travers ses sanglots.

 

-        J’arrive tout de suite et j’appelle le Samu.

 

Une vingtaine de minutes plus tard Samira était dans l’ambulance avec Hadjer. Islem les suivait en voiture.

 

Une fois à l’hôpital. Hadjer et Islem s’installèrent sur des sièges dans l’attente de nouvelles de Samira. Ils étaient tous deux gênés d’être ensemble à nouveau alors qu’ils pensaient que cette torture était finie. Islem essayait de détendre et rassurer Hadjer qui manquait s’évanouir à son tour.

 

-        Tout va bien se passer. Elle a été prise en charge à temps.

-        Inchallah, inchallah.

-        Hadjer je suis désolé si je n’ai pas répondu tout de suite, je pensais que…

-        Islem s’il te plait. Pas maintenant.

 

Il baissa la tête, confus. Hadjer lui prit la main en murmurant à peine :

 

-        Merci d’être venu.

 

Il serra sa main à son tour en hochant la tête. Ils attendirent ensuite en silence qu’un médecin vienne les informer sur l’état de la patiente. A l’issue d’une interminable attente celui-ci arriva enfin :

 

-        Elle y a échappé belle. Elle a besoin de repos. Vous pouvez venir la voir demain après-midi, elle devrait être consciente d’ici là.

-        Merci docteur, murmura Hadjer

-        C’est nous qui vous remercions de votre don de sang mademoiselle, la patiente aurait pu y passer sans cela.

 

Hadjer et Islem quittèrent l‘hôpital rassurés.

 

-        Viens, je te raccompagne.

 

Hadjer se laissa entrainer. Le soleil commençait à poindre à l’horizon. Islem remarqua :

 

-        C’est drôle, les gens trouvent le coucher de soleil romantique alors que rien ne vaut son lever tu vois. Ça augure le commencement de quelque chose.

 

Hadjer sourit puis ajouta pensive :

 

-        Tu imagines si Samira avait succombé à ses blessures. J’en serais devenue folle.

-        Quand quelqu’un échappe à la mort, je me pose toujours la même question. Je me dis quelle est la chose qu’il ou elle aurait vraiment regretté de ne pas avoir fait avant de partir.

 

Hadjer se trituraient les doigts nerveusement.

 

-        Hein Hadjer. Qu’est ce que tu en penses ?

-        Samira n’aurait rien regretté. Elle fait tout ce qu’elle a envie de faire au moment où elle a envie de le faire. Elle est à l’écoute d’elle-même.

-        Et toi ?

-        Moi c’est toi que j’aurais regretté.

 

Islem changea d’expression et prit un air grave. Ils étaient arrivés à la cité. Hadjer, toute confuse, s’apprêtait à descendre. Il lui demanda avant qu’elle ne le quitte :

 

-        Je ne veux pas être un regret alors qu’il est tellement plus simple pour moi d’être une réalité Hadjer.

-        Je rentre au bled dans un mois Islem. Mon fiancé m’y attend avec impatience. Si tu ne veux pas être un regret je veux bien faire de toi un souvenir.

 

Puis elle le quitta lestement. Assez rapidement pour sangloter à sa guise. Elle s’était finalement résolue à renoncer à lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /Juin /2009 00:00


-        Vous pouvez entrer mademoiselle.

 

Une infirmière conduisit Hadjer jusqu’au chevet de Samira. Celle-ci avait repris connaissance mais avait le teint livide et les traits tirés. Elle sourit doucement en apercevant Hadjer.

 

-        Hadji ! Tu es là. Assieds-toi. Qu’est ce que tu m’as apporté, je vois un paquet entre tes mains.

 

Hadjer le posa sur la table de nuit, gênée.

 

-        Ce n’est pas ce qu’on offre d’habitude aux convalescents mais c’est la seule idée qui m’est venue. C’est un parfum : « Very irresistible ». C’est Islem qui m’a aidé à le choisir. Je ne m’y connais pas trop tu sais.

-        C’est adorable ma chérie. Viens que je t’embrasse. Islem est passé me voir ce matin. Il a vraiment été serviable. C’est un chic type.

 

Hadjer gardait la tête baissée, pensive. Samira continua doucement.

 

-        Je lui ai demandé s’il avait des projets pour vous deux. Il dit que tu as fermé toutes les portes.

-        Je ne peux pas faire autrement Samira. C’est au prix de mes fiançailles que j’ai pu continuer mes études. Je ne peux plus reculer. Je dois être lâche.

-        Ou intègre. Je ne sais pas…Avec tout ce qui s’est passé… C’est Hichem qui m’a tabassé tu sais.

-        Je m’en doutais.

-        Je voulais rompre, lui manifestement pas. Et puis je me suis disputé avec Billel aussi pour ton histoire. Ça  a viré à la big bagarre chez Hichem. On m’a traité de tous les noms. Mais je me suis bien défendue tu me connais.

 

Hadjer sourit entre des larmes qui échappaient silencieusement de ses joues.

 

-        J’en avais marre de lui. Je me lasse trop vite. Ce n’est pas bien ça. Faut que je me trouve un autre chéri. Dès que je serai sur pieds, ajouta Samira en riant. Et cette fois-ci il ne sera ni riche ni idiot, pour changer.

 

Hadjer rit aussi puis reprit son air sérieux pour demander à Samira :

 

-        Justement Samira, est ce que je peux te demander un service ?

-        Bien sur ma belle, après tout ce que tu as fait pour moi, ce serait chien de ma part de te refuser quoique ce soit. Tu sais que Abla m’a appelé en me disant qu’elle n’aurait pas le temps de venir me voir la salope. Quant à Chirine n’en parlons pas, elle est à Paris, elle ne sait même plus ce qui se passe sur la planète Alger. Je n’ai eu d’autres visites que la tienne et celle d’Islem.

-        Justement c’est d’Islem dont je voulais te parler. Je pars bientôt au bled pour les vacances. Lui habite ici, tu restes ici aussi. Entre moi et lui plus rien n’est possible nous le savons tous les deux. Mais même si je me suis longtemps évertuée à me faire croire que je ne l’aimais pas j’ai compris que la réalité était tout le contraire. Et ça me rassurerait de le savoir entre de bonnes mains tu comprends ?

-        Non, non Hadji. Où est ce que tu veux en venir ?

-        Je veux juste dire que si tu vois qu’il y a possibilité pour vous d’être ensemble ça serait vraiment bien.

 

Samira regardait Hadjer d’un air incrédule.

 

-        Mais Hadji tu es folle.

-        Puisque il appartiendra forcément à une autre, je serais heureuse que ce soit toi. Vous êtes tous les deux des personnes qui me sont très chères.

 

Samira attira Hadjer vers elle pour l’enlacer.

 

-        Ce n’est pas la solution ma chérie.

-        S’il te plait Samira.

-        On verra, on verra.

 

Puis elle l’éloigna doucement en souriant et lui dit :

 

-        Tu as oublié de m’apporter un joint Hadji. J’en ai vraiment envie là.

 

Elle ajouta en éclatant de rire :

 

-        Tu crois qu’Islem voudra d’une droguée alcoolique Hadji. Tu es bien naïve.

-        Je sais surtout qu’il est assez intelligent pour ne pas s’arrêter à cela.

 

Et Hadjer ouvrit son sac pour en sortir une cigarette.

 

-        Je l’ai trouvé dans la chambre. Je savais que tu en réclamerais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 22 juin 2009 1 22 /06 /Juin /2009 00:00


Je marche doucement. En titubant. D’abord, le sol est accidenté. Ensuite, je veille à ne pas troubler le sommeil des milliers de personnes qui reposent sous mes pieds. Sur mon chemin, je lis quelques épitaphes par curiosité. Juste pour voir si, comme toi, certaines personnes ont disparu à la fleur de l’âge.

 

Il fait un froid terrible ici. Le vent est glacial. J’enfile ma capuche et remonte mon cachez nez. Je me demande si tu as froid aussi.

 

Te voici enfin. Tout est très propre autour de toi. L’herbe est taillée. Quelqu’un a du passer avant moi. Je peux m’assoir ? Juste sur le bord, je ne serai pas envahissante. Là ! Dieu ce qu’il fait froid ici…

 

Tu te demandes sans doute pourquoi j’ai mis autant de temps avant de venir te voir. C’est impardonnable je le sais bien mais j’en étais incapable. J’ai essayé de le faire à maintes reprises, me suis même habillée en conséquence parfois…puis je renonçais. C’était encore trop tôt. Tu sais à quel point j’aime bien prendre mon temps.

 

Maintenant je crois avoir fait le deuil. J’en suis même certaine. Aie ! Une épine. Mais qui a eu cette idée idiote de planter un rosier ici ? Tu aimais les roses toi ? Ce doit sans doute être quelqu’un qui pensait qu’en le faisant il changerait les choses. Te rappellerait parmi nous. Quelle naïveté !

 

Ah oui au fait ! J’ai quelque chose pour toi. Je ne suis pas venue les mains vides. Le vide ne subsiste plus en moi. Je le crains moins.… Bon regarde plutôt ça ! Tu t’en rappelles ? Tu avais aimé l’idée du tricot. Regarde moi cette écharpe. Attends ! Je vais la nouer autour de cette pierre. C’est l’endroit le plus exposé. Tu as vu comme elle est longue. Elle doit bien faire dans les trois mètres. Tu as vu comme je t’aimais… Non pas que je ne t’aime plus à présent, je  parle juste au passé parce que tu n’es plus mais je veux dire que… enfin tu auras compris. Je sais que tu comprends beaucoup de choses, moi y compris ! Je crois bien que je vais la renouer à nouveau. Elle est trop longue. Voilà ! Tu l’aimes ? Non pas moi, elle ! Je sais bien que moi tu ne m’aimes pas, tu ne me l’as que trop bien fait comprendre.

 

Tu ne peux pas savoir à quel point tu m’as manquée. Si, si je te jure ! Ce n’est pas parce que je ne suis pas venue que je n’ai pas pensé à toi.  J’ai beaucoup pensé à toi bien au contraire. J’essayais de réécouter ta voix, de restituer tes phrases, de revoir ton visage. C’est curieux comme j’ai oublié celui-ci. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi.

 

En fait, il y a une infinité d’interrogations qui sont restées sans réponse. Après ton décès je me suis demandée sans relâche : Pourquoi. Pourquoi étais tu parti ? J’avais l’impression que tu avais choisi de le faire. Que tu étais en quelque sorte responsable. Il fallait bien trouver un coupable dans mon malheur, j’ai fini par me convaincre que c’était toi. Dans ma folie je me suis dit que tu étais parti pour me fuir. Que je devenais étouffante, agaçante, trop éprise.

 

J’aurais du comprendre tes adieux, deviner que ce n’étaient pas de simples au revoir…

 

Ce doit être rassurant de mourir en sachant que quelqu’un en sera terriblement malheureux voire complètement anéanti. C’est peut-être au prix de ça que l’on peut mourir en paix. Apaisé de savoir que l’on a au moins assez compté aux yeux de quelqu’un. Que notre disparition l’affectera au plus haut point, qu’elle sera synonyme d’abandon.

Tu as du te sentir bien fort à ce moment là. Ta petite personne a du en être flattée. Je te vois sourire. Tu vois je ne me rappelle pas de ton visage mais je n’oublierai jamais ton sourire.

Tu n’es qu’un idiot d’être parti aussi tôt. Nous aurions fait tellement de choses si…d’accord, nous n’aurions rien fait du tout. Parce que je n’ai rien fait pour que nous fassions quoi que ce soit je te l’accorde. Je suis une idiote inutile de me le répéter. On est deux à l’être au moins.

 

Dieu qu’il fait froid ! C’est trop étroit chez toi, trop glacial. Piètre demeure !

 

Il m’arrivait de me surprendre à dramatiser la situation avec des questions telles : Est-ce que je pourrai rire à nouveau ? Est-ce que je pourrai aimer un jour ?

 

Aujourd’hui je ne me tracasse plus autant et tu sais pourquoi ? Parce que j’ai quelques éléments de réponse. Je sais que je n’aimerai plus personne après toi. Que mon amour ne pourra jamais mesurer plus de trois mètres. Oui trois mètres. Ceux de l’écharpe voyons souviens-toi ! Tu dois sans doute rire. Je ris aussi. Tu vois je sais que je peux rire à présent mais plus aimer.

 

Oh bien sur… un jour je vais me marier. Comme tout le monde. Tout le monde se marie. Est ce que tout le monde s’aime ? J’en suis moins sûre ! Et j’aurai une fille aussi. Une fille à qui j’apprendrai la vie. On ne me l’a jamais apprise à moi tu sais ? On m’a aimé, choyé, adoré, élevé, responsabilisé…mais on ne m’a pas appris la vie. Je l’ai fait toute seule, à coups d’échecs, de déceptions, de rancunes. Mais j’aurais appris.

 

Je voudrais te présenter quelqu’un. Non ce n’est pas un « bouquin », en tous cas pas n’importe quel « bouquin ». Arrête de rire je suis sérieuse. C’est notre enfant. Il a fallu être deux pour le faire. Tu m’avais presque ordonné de l’écrire avant de partir. Balzac disait qu’il vaut mieux obéir à un homme de talent que de conduire un sot.

 

Ce livre je l’ai écrit pour toi. Même si je sais que tu ne le liras jamais. Tu étais là, entre les lignes, dans les courbes de chaque lettre. Tu en as inspiré chaque phrase. Chaque mot avait été écrit en pensant très fort à toi. Et si tu étais resté…je n’aurais jamais pensé l’écrire. C’est à croire que l’accomplissement des uns passe inévitablement par le sacrifice des autres.

 

Lorsque j’y réfléchis, car je t’avoue que je le fais souvent, je me dis que je devrais sans doute remercier Dieu du fait que tu ne m’ais jamais aimé. Non…attends ! Laisse-moi t’expliquer. Je n’aurais jamais aspiré à coucher sur le papier un amour réciproque tu comprends ? Un amour réciproque on le vit, on le partage. Moi je ne le partageais pas avec toi, il m’a donc étouffé. Il fallait que je le divulgue, que je tente de le décrire pour le faire sentir aux autres. Au moins le partager avec des lecteurs puisqu’il est impossible que tu sentes quoique ce soit.

Quoique…Je te le laisse ici. Peut-être que tu arriveras à le lire par quelques miracles. Je te sais assez curieux pour cela. Tiens je le mets là. Il voulait connaître son père…

 

J’ai changé tu sais. Non, pas ma coupe de cheveux ! Regarde, j’enlève ma capuche ! Je les garde longs à présent ; Je trouve que ça fait plus « artiste dans le vent ». J’ai totalement changé de look. Je mets des tenues folles, des sacs multicolores, des bijoux inextricables, je lâche mes cheveux, les boucle parfois. Je suis peut-être heureuse. Oui, sans toi ! Moi aussi ça me surprend. Je pensais que mon salut passerait inévitablement par toi, je m’étais trompée…N’étais tu pas simple mortel ? Je crois en avoir eu la preuve irréfutable. Tu es aussi fragile et vulnérable que moi.

Tu sais. Si un jour j’ai cette fille dont je rêve et à qui j’apprendrai la vie, je lui apprendrai aussi, comme tu l’as fait pour moi, l’amour constructif et c’est avec fierté que je lui parlerai de l’homme que tu étais, que j’ai aimé; Elle pensera que c’est de son père qu’il s’agit. Je lui répondrai comme disait Vincent que lorsqu’on aime assez quelqu’un on ne l’épouse pas.

 

Bon, je crois que…Quoi ? Ah ça ! Ça te surprend hein ? Une chaine autour du cou. Oui je sais que je n’en portais jamais mais je viens de te dire que j’ai changé. A présent je garde cette perle tout le temps. Souvenir de ma grand-mère. Elle me rappelle que j’ai été au moins une perle pour quelqu’un. Elle me rassure au fait.

 

J’aurais aimé être la tienne… comme tu as longtemps été la mienne.

 

Maintenant, je dois y aller ! Je me lève pour te laisser à nouveau en paix. Ça m’a fait plaisir de te parler. Tu m’avais terriblement manquée.

 

Par Kawtar - Publié dans : Kawtar
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