Mercredi 11 Avril 2007

 

 Du matin froid de décembre où le téléphone a très tôt sonné. Sur leurs visages crispés se lisait une inquiétude exaspérée mais la sonnerie retentissait toujours. Il fallait se résoudre à affronter la nouvelle. Encore une. Vendredi jour de marché… Une bombe, quelques blessés et des morts bien sur. Un cousin cette fois ci a succombé.

 
De notre petite voisine qui était venue passer la nuit chez nous et qui nous racontait souriante que son père allait faire une ballade en hélicoptère. C’était si amusant de l’avoir pour invitée, une adorable camarde de jeu. Le lendemain, sa mère est venue la chercher, fini les soirées pyjama. Son père était décédé. Il a été gravement malade nous avait on dit. Dans les journaux nous avons appris qu’il a été assassiné.
 
De ce mur du sous-sol de l’immeuble, tâché de sang. Les ragots rapportaient que ce valeureux journaliste avait tenté de fuir ces assassins, blessé il frappait de porte en porte pour qu’on puisse le sauver. Les voisins n’avaient pas osé le laisser entrer. Dans sa fuite infernale il a fini par être rattrapé pour enfin être tué.
 
De ce jeudi noir où ils ont pleuré, devant nous sans retenue, l’époux d’une tante. Sans doute l’un des plus braves et des plus serviables hommes qui puissent exister sur cette terre. Tué ? Non ! Egorgé, décapité.
 
De ces jours singuliers où la maîtresse de l’école interrompait son cours. Des coups de feu retentissaient. Un accrochage nous disait on en nous sommant de garder notre calme. Nos mères affolées venaient nous chercher. Les coups retentissaient toujours, jusque tard dans la nuit. Le lendemain, on pouvait nettement apercevoir l’une des fenêtres de l’immeuble d’en face totalement calcinée. La gendarmerie les avait achevés.
 
Des ballades anodines en voiture, confortablement assises à l’arrière de celle-ci qui s’écourtaient par de stridents : « Couchez vous les enfants ! Baissez vos têtes tout de suite ». Une série de coups de feu faisait écho à ces recommandations angoissées.
 
Des cris affolés de ces gens paniqués qui nous avait réveillé au beau milieu de la nuit. Une psychose s’était répandue. On les voyait partout. On les craignait.
 
Des centaines d’articles déchiffrés. Des rapprochements que l’on tentait de trouver. Des carnages que l’on décryptait. Nous ne pensions pas pouvoir y échapper.
 
Si tu as essayé d’oublier…De panser ta plaie… Dis toi seulement que quelqu’un sera toujours là pour te rappeler ces douloureuses années.
 
Messieurs, mesdames, serviteurs de Dieu que vous vous proclamez, je pensais juste que si le paradis vous est offert, je prierai ardemment Dieu de me jeter en enfer.
 
Quant aux martyrs, aux innocents, parents, proches ou étrangers, je n’ai qu’une seule chose à ajouter : Vous êtes morts en héros et vous le resterez à jamais.
 
 
 

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