Lundi 02 Juillet 2007

 

 

Sous la lueur pâle d’une grosse bougie, elle tenait entre ses mains d’un geste hésitant une enveloppe. Une lettre de lui comme tant d’autres auparavant. Pourquoi fallait il qu’elle retarde le moment de lire celle-ci. Il lui semblait que mêmes ses coordonnées étaient d’une écriture grave. Les mots ne se contentaient pas d’être un ensemble de signes manuscrits, ils reflétaient quelque chose de plus profond. Les courbes des différentes lettres trahissaient le ton que se voulait prendre la personne qui les avait écrites. Intuitivement, elle compris que c’était une lettre d’adieu. Il l’avait laissé sous-entendre dans leur précédente correspondance. Il le confirmait sans doute par celle-ci.

 

Elle finit par se décider à découvrir la lettre. Les doigts glacés, la gorge sèche, elle ne tremblait même plus, trop concentrée pour s’abandonner à fléchir. Ce n’était pas le moment de succomber à son chagrin. Elle commença à lire, difficilement, la bougie n’éclairait pas assez, il fallait la rapprocher davantage. Il lui aurait été facile d’allumer la lumière électrique, mais elle était superstitieuse, elle croyait en l’existence de curieux êtres et esprits invisibles. Elle ne voulait pas qu’ils surprennent ses larmes. Elle savait qu’elle allait en déverser. Elle pensait aussi que dans l’obscurité les chagrins s’éteignent plus lestement, plus discrètement et plus silencieusement encore. Les sanglots aussi étaient mieux étouffés dans la pénombre.

 

« …… Je pars cette semaine. Le travail a tout l’air d’être intéressant, éprouvant certes mais extrêmement enrichissant. Je ne connais pas encore l’adresse exacte de mon domicile là-bas, je te la transmettrai, nous pourrons ainsi continuer à nous écrire…. »

 

Ce n’était pas un adieu, juste un départ, un abandon, la lettre était concise, elle se hâta de la lire avant que ses yeux ne s’inondent et que ses larmes ne l’aveuglent, dans sa confusion elle faillit frôler la flamme de la bougie d’un coin de la lettre. Il fallait qu’elle l’éteigne tout de suite. Promptement, elle relut la lettre puis souffla la bougie. Le silence et le mystère de la nuit étaient là pour lui tenir compagnie jusqu’à l’aube où elle trouva un semblant de sommeil, trop agité pour être reposant, trop attendu pour être apprécié…

 

Le lendemain au soir, un étrange désir de maniaquerie l’envahit, la bougie lui apparut soudain comme emblématique de sa détresse et de sa profonde mélancolie, elle la ralluma et reprit la lettre. Au dos de celle-ci elle inscrivit la date à laquelle elle l’avait reçu : le 22 septembre. Premier jour d’automne. Elle relut la lettre une seconde fois puis une troisième et ainsi de suite jusqu’à ce que la bougie commença à menacer de s’éteindre. Elle était en partie consumée. Consumée comme ses illusions… Elle ne voulait pas le laisser partir, pas si trivialement… Lorsque l’on reçoit une lettre, la moindre des choses est d’y répondre. Elle ouvrit un tiroir où était rangé son nécessaire de correspondance, quelques enveloppes et du papier de différentes couleurs. Elle saisit une feuille de papier brun « …Craquent les feuilles mortes… » Parfait pour l’automne.

 

« ….Je sais que tu ne liras sans doute jamais cette lettre et que moi-même je n’aurai peut-être jamais plus le courage de la relire, mais je tenais à te l’écrire pour te sentir plus proche, car on ment aux enfants mais pas aux femmes, je sais que cette adresse que tu me promets n’est qu’un espoir censé me préserver du désespoir… »

 

Elle écrivit des heures durant, lui racontant comme elle le faisait souvent chaque détail de son quotidien. Lorsque la lettre fut achevée elle se sentit renaître, emportée par une mystérieuse et profonde joie, perdue dans sa superstition et ses illusions ; Convaincue qu’il la lisait, ne serait ce que par télépathie. Pour s’en persuader elle ajouta un post-scriptum, une question à laquelle la Providence lui répondrait assurément:

« ….Tu ne m’as pas raconté comment ta famille a pris la chose, tes amis. Comment as-tu pu abandonner le projet que vous aviez entrepris, la boutique ?... »

 

Elle éteignit la bougie et s’endormit paisiblement.

 

Les jours suivants passèrent sans aucune lettre, aucune réponse, aucun signe « …Brûlent les feux de bois… ». Sa lucidité n’aura duré que le temps d’un automne. Désemparée, elle ralluma la bougie le 21 décembre. Prise à nouveau par ce désir indomptable voire masochiste. Elle saisit une feuille de papier, bleu gris cette fois-ci et commença son récit, long très long, aussi long que les soirées d’hiver « J’espère…J’espère…J’espère…Oh oui ! J’espère…C’est mon caractère… »

 

« ….Au Sud les nuits sont encore plus fraîches que chez nous, fais bien attention à toi et pense à te reposer, ce travail finira par te détruire, véritable gouffre qu’il est. Prends le temps de lire, de méditer, d’écrire des lettres à ceux qui te sont chers… »

 

Une fois la lettre achevée, elle sourit malicieusement de son ingéniosité. Elle l’enroula comme la précédente et la déposa dans un petit coffre de bois. Se complaisant dans sa fantaisie, elle décida d’en écrire une nouvelle à chaque saison « …à n’avoir que toi d’horizon…Et ne connaître les saisons… que par la douleur du partir… »

 

Du papier vert amande pour le printemps, jaune pâle pour l’été. Le coffre se remplissait de rouleaux multicolores d’année en année. Chaque lettre se terminait par l’immuable post-scriptum, une interrogation, une question de plus, car elle s’en posait tellement « ….Il ne me reste qu’une chance c’est que tu n’ais pas eu ta chance… » Ses questions se faisaient de plus en plus suppliantes :

 

« Ps : Mon Dieu qu est ce que tu deviens ? Es tu au moins toujours de ce monde… »

 

Lorsqu’on s’évertue à construire des chimères on finit par être gagné par la lassitude, le coffre se remplissait mais il allait bientôt ne plus pouvoir contenir toutes ses lettres désespérées, ses vains appels, son profond chagrin. Plusieurs bougies s’étaient consumées, son amour pour lui aussi. Au lieu d’être préservé et ravivé par cette correspondance secrète il se fanait, chaque jour plus fripé, plus blasé. Elle considéra le coffre plein de son regard hagard. Cercueil de son amour passé auquel manquait…un linceul. Puisqu’elle ne voulait plus écrire, elle allait broder. Enthousiaste elle transforma son armoire en fouillis pour trouver de la toile blanche, une taie d’oreiller, parfait. Toujours aussi mû par cet indescriptible désir de maniaquerie cependant … davantage sadique, plus enflammé, moins résigné. Elle commença son ouvrage, toujours sous la lueur pâle de la bougie, révoltée par cette réponse qui tardait à venir, elle broda des lauriers couleur vert-bleu au point de croix, chaque point était une renonciation de plus, une croix sur le passé, chaque point était exquis : Piquer encore et toujours ce tissu qu’elle imaginait être de la chair, sa chair à lui.

 

Quelques jours après, son ouvrage s’était achevé. Le défunt amour était prêt à être enterré. Elle sortit dans le jardin après s’être assurée de ne pas être observée par quelques regards indiscrets. Agenouillée, un flot de larmes coulant sur la terre humide et l’herbe folle, s’apitoyant nerveusement sur sa fidélité et sa naïveté, elle hésita un instant avant d’entreprendre sa besogne. Elle rouvrit le coffre, leva le linceul et contempla les lettres, ne valait il pas mieux les relire une dernière fois…Une seule ! Elle fut arrachée de ses pensées par un léger bruit venant de la porte d’entrée. Elle renferma promptement le coffre, le glissa derrière un massif de fougères, et se dirigea prudemment vers le lieu en question. Il n’y avait rien, derrière la porte, elle distingua le moteur de la mobylette du facteur qui s’éloignait, le bruit venait donc de l’extérieur, elle s’éloigna rassurée puis… se retourna brusquement et se redirigea vers la porte en courant, elle ouvrit la boîte aux lettres, une enveloppe ! Une facture sans doute, une… Son écriture ! La sienne ! L’unique ! Fallait il qu’elle attende le soir pour la lire à la lueur de sa bougie, à la lueur de leur bougie. Non ! Plus maintenant ! Elle pensa un moment déposer la lettre dans le coffre sans prendre la peine de la lire, révoltée ! Mais émue et déconcertée, elle s’affala sur le sol, terre humide et herbe folle, tant pis ! Nerveusement elle déchira l’enveloppe d’un geste agressif. Elle déplia la lettre. Papier blanc immaculé :

 

« …Je travaille toujours autant ! Mais tu seras tolérante cette fois-ci si je te dis que c’est pour ma petite famille que je le fais. Eh oui ! J’ai convolé en justes noces  et je suis à présent l’heureux papa d’un adorable poupon… »

 

Enfin, une réponse ! La lettre était à présent humide. Abondante en larmes éparses. Elle la déroula et la posa sur les autres. Des dizaines de lettres colorées, une seule blanche. Des années à détruire un amour que quelques mots ont suffi à éteindre à jamais. Il commença à pleuvoir, la terre allait être plus facile à creuser…

 

publié par Kawtar dans: Les gemmes que j'aime
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Commentaires

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Commentaire n° 1 posté par: Tarik(site web) le 02/07/2007 - 20:32:59
Difficile d'apposer une réponse dans ce cas!

Ah si j'oubliais! J'ai appris la date de ton anniversaire chez Firenze et je tenais à te souhaiter a lot of bonnes choses pour les années à venir.

Joyeux annniversaire Tarik
réponse de: Kawtar (site web) le 10/07/2007 - 23:17:25

ô seigneur,


tristus, tristus ... à plus forte raison si ... heu?!!!  chuuuuuuuut enfin on se comprend.


:-(  puissance n !!! 

Commentaire n° 2 posté par: Ness le 02/07/2007 - 21:31:37
Tristus en effet mais quasi... enfin t'as raison on se comprend!

Souris quand même tu veux :-)
réponse de: Kawtar (site web) le 10/07/2007 - 23:18:31

comme la vie peut etre cruelle, courage


trés émouvante histoire, merci kawtar de nous la faire partager

Commentaire n° 3 posté par: mme la député(site web) le 02/07/2007 - 21:45:41
Merci à vous de me lire!

Et puis de vous à moi aussi cruelle que soit la vie tant qu'elle nous en apprend...C'est déjà un présent!
réponse de: Kawtar (site web) le 10/07/2007 - 23:19:34

Non, non, non... Serraqa va! et moi une vraie ghayoura!


Biz


 


 

Commentaire n° 4 posté par: Cherry le 02/07/2007 - 22:08:22
Testa3arfi? :-) merci encore pour les "ptits papiers"
réponse de: Kawtar (site web) le 10/07/2007 - 23:20:19

Je me sens toujours un peu limitée quand je ne comprends pas certains titres ou certaines allusions. Pénélope Cruz?? what is it?


Eh oui, tu le réalises??  je suis de retour, bref mais c'est un retour quand même !!


Ton texte est très long, et j'adooooore les textes longs...


Il s'est marié le salaud ! wallah ma yah'cham... haka yela3bou b'bnèt ennass ! 


C'est très nostalgique, les lettres; à une époque de ma vie, j'en écrivais tellement mas c'était tellement, tellement rare que je reçoive de réponses, il m'arrivait même de supplier qu'on me réponde, je guettais la boite aux lettres, je la vérifiais plusieurs fois par jour même si je savais que le facteur ne passait qu'une fois : "on ne sait jamais", pauvre de moi!


Aujourd'hui, je n'ai encore pas répondu aux quelques lettres que je reçois depuis quelques mois. Vengeance ? même pas. Je n'arrive plus à écrire, j'essaie du moins.


Pour te dire que l'odeur et la fraicheur des lettres n'est plus de notre époque high-tech mais tu viens de me redonner l'envie d'écrire, avec  ta description, tes couleurs, ton souci du détail...


Quant à Marc Lavoine, parfois j'ai envie de lui dire " rak et'ssabar f'rouhek" !! Mindek y'qiss'ha avec sa voix viril bessah mindek, ma y'qa3ed'ch bina, " amour, velours, toujours" q'dima lehkaya !


Bisous et écris souvent tu veux !

Commentaire n° 5 posté par: Boudou(site web) le 06/07/2007 - 20:54:35
Toi aussi tu l'aimes bien Marc Lavoine? Essem3i avec sa voix et son charisme, ykisshawella lala on écoutera en s'extasiant quand même! Allah ghaleb!

Pour ce qui est des lettres je n'écris plus moi aussi mais avoir un nécessaire de correspondance a tjrs été fascinant pour moi, ça donne une certaine allure à la lettre elle même, cela dit je n'en ai jamais eu, je me contente des feuilles de papier à petits carreaux que j'arrache de vieux cahiers... On fait ce qu'on peut!  Essah c le fond!

Contente du retour!
réponse de: Kawtar (site web) le 10/07/2007 - 23:37:05

Ben oui ...Que vient faire l'ex de Tom ici ? lol


Très triste, je suis resté scotché au texte !! On m'a "dérangé" plusieurs fois durant ma lecture et ça m'a embêté !!


Il est clair q cet énergumène n'a rien du prince charmant, c'est un beau saloppard ! ...Oui, ça existe aussi...


Mais sinon, très joli texte. Ca fait longtemps que tu ne nous as pas gratifié d'un tel régal, mnt q la soutenance est passée, tu n'as plus d'excuses ! :-)


A plus...

Commentaire n° 6 posté par: Firenze(site web) le 09/07/2007 - 17:04:12
Joli texte...

Pour répondre à l'interrogation de Boudou à propos de pourquoi Penélope Cruz?

Pénélope est cette femme qui a poireauté 20ans devant son métier à tisser pendant que son goujat (dirait Firenze mais pas moi) d'époux bataillait contre toutes sortes d'ennemis...

Mais contrairement au happy end d'Homère, Kawtar nous a gratifiés d'une histoire où Pénélope creuse à la fin... Ce qui suffit à explique le titre mais ce n'est que mon opinion.
Commentaire n° 7 posté par: mkidech(site web) le 10/07/2007 - 00:11:46
Merci Khouya, je me sens encore plus limitée que jamais !
Commentaire n° 8 posté par: Boudou(site web) le 10/07/2007 - 12:14:54
Nous y voilà! je vais tenter de répondre à Boudou, à Firenze, et à Mkidech en même temps puisque les 3 coms sont liés.

D'abord un peu de gratitude: Merci.

Ensuite, pour ce qui est de la pauvre ex de Tom Cruise, qui est au passage l'une de mes actrices préférées et le parfait emblème de la beauté féminine selon moi, Eh bien Mkidech (Dont j'attendais l'intervention, précieux avis oblige) détient la moitié de la réponse. En effet il s'agit bien de Pénélope le personnage mythologique mais ma pénélope à moi a sombré dans le désespoir et la renonciation au lieu de rester fidèle à son Ulysse. C'est ainsi qu'à travers son ouvrage elle met des croix sur le passé. "Cruz" signifie en effet "Croix" en espagnol. D'où le titre de l'article.

Voilà tout!

Ps:  Ce texte a été inspiré par une personne qui existe réellement! Et
même si l'image qu'il communique d'elle est celle du parfait salaud eh bien je tenais à préciser que ce n'est pas le cas. La preuve! A quel moment du texte on sent que l'amour de Pénélope est réciproque? A aucun! Voilà donc le mec meskine wlid familya. C'est elle qui " se nourrissait d'illusions".
réponse de: Kawtar (site web) le 10/07/2007 - 23:26:10
Commentaire n° 9 posté par: Boudou le 10/07/2007 - 17:14:40
Alors t'as aimé??
Ca commence comme Samanta de france 2 !
Allez danse danse ya loulou !!
Bisous, je bosse jusqu'à 23 heures !
allez je file!
Commentaire n° 10 posté par: Boudou le 10/07/2007 - 17:26:45
Tu sais que c'est au bout de la deuxième lecture du com que lahketni ta3 echtah echtah ya loulou (France 2 pour France 2 je pensais que tu parlais de Jean Dujardin, c'est te dire qui est la plus limitée des deux ;-) )

La chanson est géniale, en ce mmt je suis en plein "Cuba attitude", si t'as l'occasion regarde le film "The Lost City" avec Andy Garcia, pas mal du tt.

Bosse bien et à bientt
réponse de: Kawtar (site web) le 10/07/2007 - 23:28:43

Vive Cuba!

Commentaire n° 11 posté par: Boudou le 11/07/2007 - 14:37:14
Je me sens nul de ne pas avoir vu le lien entre le déroulement de l'histoire et Mme Ulysse !
Commentaire n° 12 posté par: Firenze(site web) le 11/07/2007 - 15:58:04
gatmlx dbkpcj dwtga jhvt pbamtlw yguwbv lwjn
Commentaire n° 13 posté par: zsbrptqh jthg(site web) le 08/04/2008 - 00:00:37

Juste te dire Kawtar que j'ai aimé ton blog. Merci.


Je me permets de copier ce texte de pénéloppe Cruz mon petit chouchou si tu n'en vois pas d'inconvénients...


Que du bonheur et de joie de vivre toute ta vie durant Kawtar.

Commentaire n° 14 posté par: Néophyte le 13/05/2008 - 18:15:10
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