C’est assez difficile de refaire une apparition après une telle absence…Le fait est que j’avoue avoir échoué des dizaines de fois en tentant d’assembler maladroitement quelques phrases pour en faire un modeste article. Tout cela me rappelle un peu le film « Shakespeare in love », cela peut paraître altier de ma part de me comparer au grand Shakespeare qui s’est trouvé en manque d’inspiration des jours durant en l’absence d’une muse qui soit à la hauteur de son talent mais j’ai eu une petite pensée naïve pour le long métrage malgré moi en me demandant ce qui pouvait bien freiner mon désir d’écrire. Enfin là n’est pas la question, je ne vais pas faire la promo de ce film ni m’attarder davantage à tenter de justifier mon absence prolongée, je voulais juste dire, en d’autres termes, que Dzblog m’avait manqué (et merci pour la menace on ne peut plus efficace Miss beautiful earrings).
A présent je vais essayer d’exprimer un peu ce qui me triture la cervelle depuis un moment : Chez nous la religion fait partie des plus délicats sujets tabou. Les pratiquants respectent les non pratiquants et réciproquement mais nous cohabitions sans trop chercher à comprendre les dogmes des uns les autres. Souvent j’ai entendu dire que la religion était une affaire personnelle. Je suis assez d’accord avec cela, la foi, le cœur, la conscience tout cela ne nécessite aucun débat, ce sont bien souvent les faits qui viennent exprimer nos profondes et sincères aspirations mais si je ressens le désir de m’exprimer à ce sujet c’est un peu par révolte voire amertume tout simplement.
Enfant, nous savions déjà que le mois de Ramadhan était un mois extrêmement particulier ; A l’école on nous avait raconté mille et une histoires à ce sujet, nous écoutions charmés et éberlués. On nous avait parlé d’anges, de démons, de miracles, de prophètes et de messies. Ces fabuleuses histoires s’apparentaient peut-être à des légendes aux yeux de certains mais la crédulité puérile avait eu raison de moi. Tout ce qui avait trait au monde des anges me fascinait. C’est ainsi que je me souviens avoir lu dans un petit livre pour enfants riche en images et en versets coraniques que le 26ème jour du Ramadhan, plus connu sous le nom de Laylet el kader ou nuit du destin, Dieu décidait du sort de ses mortels pour l’année à venir mais il n’y avait pas que cela… Le livre disait aussi que cette nuit là si l’on se surprend à pleurer de façon inopinée et involontaire cela signifie que notre main a été serrée par l’ange Gabriel en signe de récompense et de fierté. L’ange annoncerait ainsi à Dieu que nous avons été de valeureux serviteurs, de bonnes et loyales créatures et Dieu, clément, nous pardonnerait alors nos pêchés. Depuis avoir lu ce passage, j’attendais chaque année cette nuit avec une grande impatience, guettant la moindre larme, la moindre humidité qui pouvait se manifester sur mon globe oculaire, me demandant si je ferai partie de l’élite des mortels. Mais depuis que je suis adulte, cette nuit me paraît aussi banale que toutes les autres. Bien sur j’ai tenté, en vain, d’y déceler un enchantement quelconque mais son silence est resté aussi opaque que celui de ses consœurs. Cependant, cette histoire m’avait tellement marquée que des années après quelques uns de mes écrits en avaient été inconsciemment influencés, c’est ainsi que je suis tombée sur ce passage : « Je veux apprécier ce moment de sérénité ; La plénitude de ma solitude, affalée sur le sol, les yeux clos, à la recherche d’une réponse, dans l’attente d’un signe. Dans l’espoir qu’un ange vienne m’entrouvrir les paupières doucement en me promettant d’être à mes côtés pour l’éternité, en me rassurant. Un ange qui dans un geste léger voire irréel me frôlera le visage de sa main en signe de bénédiction. Des paillettes d’une blancheur aveuglante accompagneront ce geste nonchalant. Une mélodie cristalline y fera écho. L’ange sourira, me murmurera quelques prières au creux de l’oreille et s’envolera au paradis, emportant avec lui paillettes et mélodie. L’enchantement sera fini mais ma vie sera changée. Mon ange gardien m’aura bénit. Je serai alors calme et confiante. Pour l’instant je ne sens que quelques courbatures au dos. Le sol est incommode mais je n’y prête pas attention, j’attends l’arrivée de l’ange. Rien… le vide, le silence, le froid, rien qui puisses ressembler à la visite d’un être céleste. Je me recroqueville sur moi-même, les yeux toujours fermés mais plus humides. Des larmes silencieuses mais abondantes. Je serre les dents, contient ce cri que je voulais tant pousser. Je crains que le fait de le laisser échapper puisse faire fuir l’ange. Je ne dois pas l’affoler… ».
Cela dit, si le charme inhérent à cette nuit avait été brisé au fil du temps et des années, celui du mois sacré subsistait plus ou moins. On tente ainsi de se rapprocher du divin d’une manière ou d’une autre et de prendre le temps de se détacher d’un quotidien trop souvent prosaïque. Mais là encore, petit à petit, la confection du menu du ftour commençait à devancer les préoccupations religieuses sur l’échelle des priorités durant le mois de Ramadhan. Aussi convivial que soit les veillées ramadanesques, aussi chaleureux soient ses repas il n’en demeure pas moins que je conteste la pratique du carême erroné. Comment compatir à la douleur des affamés lorsque notre abstention ne dure que le temps de quelques heures avec la perspective d’une table richement garnie en fin de journée. Et encore si ce n’était que cela… Renonce-t-on vraiment à tous les plaisirs de la vie en guise d’offrande au tout puissant durant ce mois de carême ? Rien n’est plus odieux que cette religion « tradition » et jamais je n’ai attendu la fin du Ramadhan avec autant d’impatience. Tout y est devenu insipide car faux et hypocrite. Sur des millions de musulmans combien de personnes s’abstiennent réellement de pêcher le temps d’un mois, combien ressentent sincèrement le sacré de ce mois ? Je ne saurai répondre mais pour ma part je n’ai jamais été aussi peu convaincue du bien fondé du jeûne que cette année. Je ne sais pas comment la réconciliation avec Dieu est possible dans ces cas là. J’ai eu vent des impressions d’une vieille dame revenue récemment de
En attendant des jours meilleurs je vous dis Saha ftourkoum !
